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Électrification de l’Afrique : un travail de longue haleine

Sean Long, Président Directeur Général d’Endeavor Energy, s’entretient avec Leigh Elston, éditeur pour le Moyen-Orient et l’Afrique, sur les récents investissements de la société réalisés en Afrique et sur le développement de la première centrale au GNL dans un marché émergent.

Sean Long, PDG d’Endeavor Energy, compte plus de 20 ans d’expérience dans le développement et le financement d’infrastructures énergétiques dans les marchés émergents. Il parle avec Interfax des derniers projets d’Endeavor, de la façon dont il choisit les pays et les technologies dans lesquels investir et du projet pionnier de centrale au GNL au Ghana qu’Endeavor et GE réalisent ensemble.

Interfax : Endeavor souhaite investir dans une centrale au GNL au Ghana.  Quels sont les défis rencontrés pour mettre un tel projet en œuvre ?

Sean Long : Si nous parvenons à mettre ce projet sur pied au Ghana, ce pourrait bien être la première centrale au GNL dans un marché émergent.  Le problème auquel nous faisons face est que la majeure partie du GNL est vendue à des acheteurs de qualité en termes d’investissement, position que n’a actuellement pas le Ghana.

Pour mener ce projet à bien, nous allons avoir besoin du soutien de plusieurs organismes multilatéraux pour tenter de soutenir le marché énergétique ghanéen, ainsi que de crédits gouvernementaux pour attirer les fournisseurs de GNL à long terme.

Mais les organismes multilatéraux sont très intéressés et nous menons actuellement de nombreuses discussions pour évaluer comment faire progresser les choses au mieux.

Interfax : Quel type de soutien offrent les organismes multilatéraux ?

SL : Les organismes offrent aujourd’hui des prêts, mais nous leur suggérons qu’ils devraient aussi considérer le crédit.

Le plus grand obstacle dans le développement de projets n’est pas l’absence de capital sur le marché, mais plutôt la difficulté à évaluer les risques de crédit et comment fixer les prix des projets, car [il n’existe que peu] de marchés des capitaux élaborés comme ceux des pays développés.  Une des tâches des organismes de développement est d’aider à configurer les marchés émergents pour que le capital puisse circuler.

Interfax : Comment prévoyez-vous de structurer le projet ? Garantirez-vous une certaine quantité de GNL provenant de la FSRU ?  Le gouvernement garantira-t-il l’achat de l’énergie ?

SL : Nous ne sommes pas encore certains de la forme que prendra la structure. Mais le Ghana a beaucoup de pression financièrement. Nous essayons donc de trouver une structure qui ne dépend pas nécessairement de garanties spécifiques de la part du gouvernement. Au final, le marché de l’énergie doit être rationalisé – il doit fonctionner.  L’autre point est que ce projet pourrait aussi être vu comme un rehaussement du crédit pour le Ghana, car il permettra de réduire le coût de l’énergie par rapport aux centrales qui fonctionnent au pétrole brut léger.

Interfax : Endeavor recherche des projets en phase intermédiaire ou avancée de développement. Pourquoi ne pas investir dans des projets à un stade moins avancé ?

SL : La raison pour laquelle nous recherchons des projets en phase intermédiaire ou avancée de développement est que nous voulons rendre les projets opérationnels le plus tôt possible.  Nous recherchons les marchés où il existe un fossé à combler et où des investisseurs locaux travaillent déjà sur un projet depuis deux ou trois ans mais en sont à un stade où ils ont besoin de l’appui d’un investisseur capable d’apporter des fonds de développement et de signer un gros chèque pour amener le projet jusqu’à la clôture financière.

Notre équipe de direction est expérimentée, et nous pensons que c’est justement là où se trouve le réel besoin sur le marché.  Il y a aussi un besoin pour de nouveaux projets , mais le marché va connaître des modifications à mesure que de plus en plus de projets [sont mis en ligne]. Pour l’heure, nous aimerions achever des projets le plus rapidement possible afin d’aider à soulager la crise de l’électricité actuelle.

Interfax : Pensez-vous que les banques sont plus désireuses de financer de tels projets énergétiques en Afrique depuis ces cinq dernières années ?  Est-il plus facile d’obtenir des financements pour ces projets ?

SL : Il n’est jamais facile de financer un projet.  Plusieurs aspects doivent être pris en considération, particulièrement lorsqu’il s’agit d’investissements relatifs à des infrastructures de production énergétique.

Il faut penser aux gazoducs [qui ne sont pas encore construits] ou aux concessions d’exploitation de mines de charbon qui ne sont pas encore opérationnelles ou à l’approvisionnement en gaz [qui n’est pas encore confirmé].  L’incertitude concernant les infrastructures augmente le nombre de problèmes à gérer pour chaque projet.  Tous ces éléments mettent les investisseurs mal à l’aise.

Prenons les États-Unis comme point de comparaison, où il existe un solide système de gazoducs et d’approvisionnement en gaz. Si vous souhaitez construire une centrale dans ce pays, il suffit de la raccorder à une canalisation. Personne ne mettra en doute l’approvisionnement en gaz.  Mais en Afrique, il faut aussi tenir compte de tous les éléments connexes [au projet], ce qui complique grandement la réalisation du projet.  C’est pourquoi la présence d’investisseurs solides comme nous, qui avons ces questions à l’esprit, est importante pour le marché.

En ce qui concerne l’intention des banques, cela dépend du pays.  Les organismes multilatéraux font preuve d’un vif intérêt, mais là encore, tout dépend de la capacité des investisseurs à faire évoluer le projet pour qu’il présente des possibilités intéressantes de financement. Cela prend en général plus de temps qu’on ne le souhaiterait.

Interfax : Avez-vous remarqué un regain d’intérêt pour ces projets depuis que le Président américain, Barack Obama, a lancé le programme Power Africa l’an dernier ?

SL : Power Africa est une initiative très importante car c’est l’endroit quasiment incontournable pour pouvoir engager des discussions avec les divers organismes multilatéraux que les États-Unis [utilisent pour cibler] les pays en développement.

L’an dernier, lorsque nous voulions engager des discussions pour les projets auxquels nous nous intéressions, nous avons pu, en une seule réunion, rencontrer Overseas Private Investment Corp., l’Exim Bank, l’Agence américaine pour le développement international (USAID), et tous les autres organismes, tout simplement parce que nous participons à l’initiative Power Africa.

Cette aide est précieuse et nous permet, en tant qu’entreprise américaine, d’avoir de nombreuses discussions avec divers groupes et d’essayer de trouver des solutions pour les projets sur lesquels nous travaillons, tels que le projet de GNL au Ghana.

Interfax : L’Afrique du Sud connait une énorme pénurie d’électricité.  Y a-t-il une raison pour laquelle vous n’investissez pas dans ce pays ?

SL : Nous étudions certaines possibilités en Afrique du Sud, et notre société sœur, BioTherm Energy, a investi dans des projets d’énergie solaire et dans l’éolien en Afrique du Sud.

J’ai d’ailleurs apporté des conseils à BioTherm il y a plusieurs années, au cours de leurs premiers projets. Ces projets sont désormais opérationnels.  Ils ont mené trois projets à terme en Afrique du Sud. Je connais donc bien le processus d’appel d’offres, les exigences et le marché dans ce pays.

Nous attendons en fait de connaître leur producteur indépendant d’énergie de base [IPP] et nous étudions quelques possibilités pour ce marché.  Les projets de centrales de base sont généralement des centrales au charbon, mais il existe aussi quelques possibilités de centrales au gaz plus petites pour les pointes de consommation.

Interfax : Pensez-vous que le processus de privatisation du Nigeria est un succès ?  Est-il encore difficile de mener des projets à terme là-bas en tant qu’investisseur ?

SL : La première phase de privatisation par le gouvernement nigérian a été un réel succès.  Le programme « National Integrated Power Project », qui est un peu différent en termes de profil de risque, présente quelques difficultés, mais le plus gros problème pour le gouvernement est l’approvisionnement en gaz.

Les centrales peuvent toujours être construites, ce n’est pas l’élément le plus difficile. Ce qui l’ est beaucoup plus en revanche est de savoir comment construire des infrastructures d’approvisionnement en carburant pour les centrales. Je pense que c’est là que devrait se concentrer le gouvernement nigérian.

Je tire mon chapeau aux Nigérians. Je faisais partie du premier IPP au Nigeria, et nombre des sujets qui faisaient l’objet de discussions à l’époque sont actuellement mis en œuvre. Je suis ravi de voir que ces changements se concrétisent.  C’est un projet de grande envergure. Ce ne sera pas facile à réaliser, mais ils ont fait beaucoup de chemin et je ne doute pas que le processus va se poursuivre.

En dehors de l’approvisionnement en gaz, les sociétés de distribution doivent aussi prouver qu’elles fonctionnent, qu’elles sont en mesure de réduire les pertes et qu’elles peuvent payer pour la production d’énergie additionnelle nécessaire. C’est un autre point important. Si on y parvient, je pense que vous conviendrez alors qu’il est beaucoup plus facile de créer de nouveaux projets de production énergétique dans le pays, car celui-ci dispose alors d’un système commercial complet.

Source : http://interfaxenergy.com/reports/ngd/NGD_230414_1398259897.pdf?dm_i=1ZRI,2E9E4,EJRF55,8P9N9,1